L’ourdissage : préparation de la chaîne pour le tissage
L’ourdissage : préparer la chaîne du tissu
L’ourdissage est l’opération de préparation au tissage qui consiste à disposer les fils de chaîne parallèlement les uns aux autres, à la longueur et au nombre voulus, avant de les monter sur le métier à tisser. C’est une étape critique : la régularité de la tension, l’ordre des fils et la précision des mesures conditionnent directement la qualité du tissu final. Un ourdissage défectueux entraîne des défauts de tissage impossibles à corriger après coup.
Les deux méthodes d’ourdissage
L’ourdissage sectionnel
L’ourdissage sectionnel (ou tambour) est la méthode privilégiée des artisans et des petites séries. Les fils sont enroulés par sections successives sur un tambour conique ou cylindrique. Chaque section contient un nombre défini de fils (par exemple, 40 fils par section pour un tissu de 800 fils en 20 sections). Le tambour tourne lentement tandis que les fils, guidés par un peigne mobile, se déposent en couches régulières. Une fois toutes les sections enroulées, l’ensemble est transféré sur l’ensouple du métier à tisser.
L’ourdissage direct (ou industriel)
L’ourdissage direct est utilisé pour les grandes productions. Les fils proviennent d’un cantre (râtelier) portant 200 à 800 bobines alignées. Tous les fils sont enroulés simultanément sur une ensouple d’ourdissoir, puis plusieurs ensouples sont réunies (encollées) sur l’ensouple de tissage. Cette méthode est plus rapide pour les grandes quantités : un ourdissoir direct traite 500 à 1 000 mètres de chaîne par minute, contre 50 à 100 mètres pour un ourdissage sectionnel.
Le calcul de chaîne
Avant de commencer l’ourdissage, le tisserand doit calculer précisément les paramètres de sa chaîne. La largeur au peigne détermine la largeur du tissu fini (en ajoutant 5 à 10 % de retrait). Le nombre de fils par centimètre (la densité de chaîne) dépend de l’armure et du titrage du fil. La longueur de chaîne inclut la longueur utile du tissu plus les chutes incompressibles (enfilage, nouage, fin de chaîne), soit 1 à 2 mètres supplémentaires. Un tissu de 10 mètres en armure toile avec un fil de coton Nm 30 nécessite environ 3 000 fils de chaîne de 11 mètres chacun — soit 33 km de fil.
L’encollage : protéger les fils de chaîne
Les fils de chaîne subissent des contraintes mécaniques importantes pendant le tissage : frottement dans les lames, tension variable, abrasion dans le peigne. L’encollage consiste à enduire les fils d’une colle (à base d’amidon, de PVA ou de CMC) qui lisse les fibres en surface, augmente la résistance à l’abrasion de 30 à 50 % et réduit l’électricité statique. L’encollage est indispensable pour les fils fins et les fibres courtes (coton cardé). Il est facultatif pour les fils retors et les fibres longues (soie, lin).
