Le retordage : assembler et tordre les fils textiles

Le retordage : assembler les fils pour la résistance

Le retordage est l’opération textile qui consiste à tordre ensemble deux ou plusieurs fils simples pour former un fil retors. Cette torsion combinée augmente la résistance mécanique, la régularité et la durabilité du fil. Le retordage est un cousin du moulinage : le moulinage s’applique spécifiquement à la soie grège, tandis que le retordage concerne toutes les fibres — coton, laine, lin, synthétiques.

Principe et paramètres du retordage

Le retordage suit un principe fondamental : la torsion de retordage s’effectue dans le sens inverse de la torsion de filature. Si les fils simples ont été filés en torsion Z (sens horaire), ils seront retordus en torsion S (sens antihoraire), et inversement. Cette opposition des torsions équilibre les tensions internes du fil et empêche le vrillage du tissu.

Les paramètres clés du retordage sont le nombre de brins assemblés (2, 3, 4 ou davantage), le coefficient de torsion (nombre de tours par mètre) et le sens de torsion. Un fil retors 2 brins en Nm 60/2 signifie deux fils de numéro métrique 60 retordus ensemble, donnant un fil final de Nm 30. Le coefficient de torsion optimal dépend de l’usage : un fil à tricoter demande une torsion modérée (200-400 tours/m) pour conserver sa souplesse, tandis qu’un fil à coudre nécessite une torsion serrée (600-1 200 tours/m) pour résister à l’abrasion de l’aiguille.

Les machines de retordage

Le retordoir à anneaux est la machine la plus répandue. Le fil passe dans un curseur qui tourne autour de la broche, imprimant la torsion tout en enroulant le fil sur la bobine. Les vitesses de broche atteignent 8 000 à 15 000 tours par minute. Un retordoir moderne peut comporter 100 à 500 broches, chacune produisant simultanément un fil retors.

Le retordoir à double torsion offre une productivité supérieure : chaque rotation de la broche imprime deux tours de torsion au fil. Cette technologie, développée dans les années 1960, a doublé la capacité de production sans augmenter la vitesse de rotation. Elle est particulièrement adaptée aux fils fins et aux fibres délicates comme la soie et le cachemire.

Applications du retordage

Les fils retors servent dans tous les domaines textiles. En bonneterie, le retordage en 2 brins donne des fils réguliers pour le tricotage mécanique. En tissage, les fils de chaîne retors 2 ou 3 brins résistent mieux à l’abrasion du peigne. En mercerie, les fils à coudre sont retordus en 3 à 6 brins avec des torsions élevées. Les cordes et ficelles utilisent des retordages multiples : cordonnet (fils retors assemblés), câblé (cordonnets retordus ensemble), jusqu’aux cordages maritimes de plusieurs centimètres de diamètre.

Le marché du retordage représente environ 15 % de la valeur ajoutée de la filière fil. En France, une dizaine de retorderies subsistent, spécialisées dans les fils techniques (para-aramide, verre, carbone) et les fils de luxe (cachemire, soie). Le retordage de fils techniques pour l’aéronautique et l’automobile est un segment en croissance de 5 à 8 % par an.

moulinagemétier à tissertricotage