La sériciculture : élevage du ver à soie et production de cocons
La sériciculture : l’art d’élever le ver à soie
La sériciculture désigne l’ensemble des techniques d’élevage du ver à soie (Bombyx mori) en vue de récolter les cocons dont on extrait le fil de soie. Cet élevage, pratiqué en Chine depuis plus de 4 500 ans, a constitué pendant des siècles une activité économique majeure dans le sud de la France, principalement en Ardèche, dans les Cévennes et en Provence.
Le cycle de vie du ver à soie
Le Bombyx mori est un insecte lépidoptère entièrement domestiqué. Son cycle de vie dure environ 55 jours et se décompose en quatre stades. L’œuf (ou graine) éclot après 10 à 12 jours d’incubation à 25 °C. La larve traverse cinq stades larvaires séparés par des mues, pendant 25 à 30 jours. Au dernier stade, le ver mesure 8 à 9 cm et pèse environ 5 grammes, soit 10 000 fois son poids de naissance.
À la fin de sa croissance, le ver cesse de manger et commence à filer son cocon. Il sécrète par ses glandes séricigènes un fil continu de fibroïne enrobé de grès (séricine). Le filage dure 3 à 4 jours, pendant lesquels le ver produit 600 à 1 500 mètres de fil en effectuant environ 300 000 mouvements de tête en forme de 8. Le cocon terminé pèse 2 à 3 grammes, dont 20 à 25 % de soie utilisable.
L’alimentation : le mûrier blanc
Le ver à soie se nourrit exclusivement de feuilles de mûrier blanc (Morus alba). Un élevage de 30 000 vers — une « once » dans le vocabulaire séricicole — consomme environ 1 200 kg de feuilles pendant son cycle. Un mûrier adulte produit 30 à 50 kg de feuilles par an. Il faut donc un minimum de 25 à 40 arbres pour alimenter une once. En France, des plantations de mûriers bordaient les chemins et les champs dans toutes les régions séricicoles. On estime que le Vivarais (Ardèche) comptait plus de 4 millions de mûriers au milieu du XIXe siècle.
La sériciculture en France : grandeur et déclin
Henri IV encourage la plantation de mûriers dès 1603 avec l’aide d’Olivier de Serres. Au milieu du XIXe siècle, la France produit 26 000 tonnes de cocons par an et emploie directement 300 000 personnes dans la sériciculture. L’Ardèche est alors le premier département producteur avec 8 000 tonnes annuelles. La pébrine, maladie parasitaire identifiée par Pasteur en 1865, décime les élevages. Combinée à la concurrence des soies asiatiques et des fibres synthétiques, cette crise provoque l’effondrement de la production, qui tombe à quelques tonnes dans les années 1960.
Le renouveau séricicole
Depuis les années 2000, des initiatives de relance voient le jour en Ardèche, dans les Cévennes et en Provence. Des éleveurs passionnés élèvent quelques dizaines de milliers de vers par saison, produisant entre 5 et 20 kg de soie grège chacun. La soie française, rare et traçable, se vend entre 800 € et 1 500 € le kilogramme (contre 40 à 60 € pour la soie chinoise). Elle alimente des créateurs, des restaurateurs de patrimoine et des artisans d’art. L’association « Soie en Cévennes » et la Magnanerie de Saillans en Ardèche sont parmi les acteurs les plus actifs de ce renouveau.
