Canuts de Lyon : l’histoire des tisseurs de soie qui ont fait trembler la Croix-Rousse

À Lyon, au début du XIXe sièclé, la moitié de la population vivait du tissage de la soie. Pas dans des usines, non. Dans des appartements-ateliers perchés sur les pentes de la Croix-Rousse, où des hommes courbés sur leurs métiers à bras tissaient brocarts, lampas et velours pour habiller les cours d’Europe. On les appelait les canuts. Leur histoire, c’est celle d’un savoir-faire textile unique au monde, mais aussi celle des premières grandes insurrections ouvrières françaises. Entre 1831 et 1848, ils ont brodé sur leur drapeau noir une devise restée célèbre : « Vivre en travaillant ou mourir en combattant ».
Aux origines du mot « canut »
L’étymologie du mot reste incertaine. Plusieurs pistes coexistent. La plus répandue, donnée par Nizier du Puitspelu dans Le Littré de la Grand’Côte, fait dériver « canut » du mot canne, par référence à la canette, ce petit tuyau de bois en roseau qu’on chargeait de fil de soie pour faire la trame d’une étoffe. L’homonyme féminin de canut est d’ailleurs « canuse ».
Une autre version, plus poétique, raconte que pendant la Révolution française, les ouvriers en soie tombés dans la misère durent vendre les breloques d’or et d’argent qui ornaient leurs cannes de compagnonnage. À leur passage dans les rues, les passants commentaient : « Voici les cannes nues ! » L’expression aurait fini par se contracter en « canut ». Vrai ou romancé, ce récit dit beaucoup de l’image que les Lyonnais se faisaient de cette population : digne, fière, attachée à un statut d’artisan menacé par les transformations du sièclé.
Les canuts ne sont pas simplement des « ouvriers ». Ce sont des maîtrès tisserands, propriétaires de leurs métiers, payés à la pièce, qui forment l’épine dorsale de ce que Lyon appelle alors la Fabrique : un système productif décentralisé, fait de milliers de petits ateliers familiaux qui travaillent sur commande pour quelques centaines de négociants.
La Fabrique lyonnaise, une pyramide fragile
L’organisation de la production de soieries au XIXe sièclé ressemble à une cathédrale renversée. Tout repose sur la base, mais le sommet décide.
Au sommet, environ 400 négociants-banquiers, qu’on appelle « fabricants » ou « soyeux ». Ce sont eux qui passent les commandes, fournissent la matière première (soie grège), reprennent le tissu fini et le commercialisent à Paris, à Londres, à Saint-Pétersbourg. Ils ne tissent pas. Ils financent et vendent.
Au milieu, les canuts. Ils sont environ 8 000 maîtrès-ouvriers en 1831, propriétaires de deux à six métiers selon la taille de leur atelier. Ces métiers, ils les ont achetés ou hérités. Ils en assurent l’entretien, paient les compagnons, supportent les baisses de commande. Ils sont à la fois ouvriers, chefs d’entreprise et débiteurs.
À la base, environ 30 000 compagnons. Salariés à la journée, souvent logés et nourris chez le canut, ils partagent sa vie quotidienne, ses repas, parfois son toit. Et puis tout autour, une nébuleuse de métiers spécialisés : ourdisseuses, dévideuses, gareurs, satinaires, lanceurs, battandiers, metteurs en carte, liseurs de dessins, plieurs, moulineurs, tordeuses, passementières, taffetaquières, finisseuses, teinturiers… Plus les femmes, moins payées que les hommes, et les apprentis, surnommés « brasse-roquets » dans le jargon lyonnais.
| Niveau | Effectif vers 1831 | Rôle |
|---|---|---|
| Soyeux (négociants) | ~400 | Commande, finance, vend |
| Maîtrès canuts | ~8 000 | Possède les métiers, organise l’atelier |
| Compagnons | ~30 000 | Salariés à la journée, vivent chez le canut |
| Ouvriers spécialisés | plusieurs milliers | Préparation des fils, finitions |
Cette pyramide n’est pas industrielle au sens où on l’entend depuis. Une seule manufacture centralisée existe alors à Lyon, l’usine de soierie de la Sauvagère à Saint-Rambert-l’Île-Barbe, qui emploie 600 ouvriers. Tout le reste est artisanal, dispersé, à domicile.

La Croix-Rousse, colline qui travaille
Les ateliers se concentrent surtout sur la colline de la Croix-Rousse, au nord de Lyon. Pourquoi ? Une raison technique. Le métier Jacquard, qui se généralise après 1815, mesure près de quatre mètrès de haut. Il faut des plafonds bien dégagés pour l’installer. Les anciens immeubles du Vieux Lyon, étroits et bas, ne conviennent plus. Les canuts migrent alors vers la Croix-Rousse, où des promoteurs construisent des « immeubles de canuts » spécialement conçus pour le tissage : hauteur sous plafond de 3,80 à 4 mètrès, larges fenêtrès pour la lumière naturelle, escaliers droits pour faire passer les pièces tissées.
D’autres quartiers gardent une activité textile. Saint-Georges dans le Vieux Lyon, La Guillotière, les Brotteaux, Vaise, Bourgneuf près de Pierre Scize. Mais c’est bien la Croix-Rousse qui devient l’épicentre symbolique du monde canut. Au point que la commune (la Croix-Rousse n’est rattachée à Lyon qu’en 1852) sera surnommée « la colline qui travaille », par opposition à Fourvière, « la colline qui prie ».
Les célèbres traboules – ces passages couverts qui traversent les immeubles d’une rue à l’autre – servaient à descendre les pièces de soie à l’abri de la pluie, depuis les ateliers de la pente jusqu’aux entrepôts du bas de la ville. Elles ont aussi joué un rôle pendant les insurrections : les canuts les utilisaient pour passer d’un quartier à l’autre sans être vus des troupes.
Le métier Jacquard, une révolution dans le tissage
L’année 1801 marque un tournant. Joseph Marie Jacquard, lui-même fils de tisseur lyonnais, présente une mécanique nouvelle qui s’adapte aux métiers à bras existants. Sa trouvaille tient en quelques cartons perforés. Ces cartes commandent automatiquement le levage des fils de chaîne selon le motif à tisser. Avant Jacquard, il fallait un « tireur de lacs », souvent un enfant, pour effectuer manuellement cette opération sur les soieries façonnées. Avec Jacquard, le tisseur travaille seul.
Le gain de productivité est énorme. Les motifs deviennent plus complexes, les pièces sortent plus vite, les coûts baissent. Lyon devient la capitale mondiale de la soie façonnée, fournissant brochés, brocarts, lampas et velours aux palais de Versailles, du Quirinal, de Buckingham, de Schönbrunn. Les tissus lyonnais habillent les murs des châteaux de toute l’Europe.
Mais voilà. Cette productivité accrue ne profite ni au canut ni au compagnon. Les fabricants, qui voient affluer la marchandise, baissent les tarifs à chaque commande. Le revenu d’un tisseur en 1830 est deux fois moindre que ce qu’il était sous le Premier Empire, alors même que la qualité technique et la productivité ont fait un bond. Et puis le métier Jacquard coûte cher. Beaucoup de canuts s’endettent pour s’équiper, ce qui les rend dépendants de leurs commanditaires.
D’où le malentendu historique. On a longtemps écrit que les canuts brisaient les machines à la manière des luddites anglais. C’est faux. Eux ne s’en prenaient pas à la mécanique Jacquard, qu’ils maîtrisaient et qui était souvent leur outil. Ce qu’ils contestaient, c’était le partage de la valeur produite avec ces machines.
Vivre en canut : 18 sous pour quinze heures
La condition canut au début du XIXe sièclé relève d’une précarité dont nous avons aujourd’hui du mal à mesurer l’ampleur. Le travail se paie à la pièce, jamais à la journée. Quand l’ouvrage manque – les Lyonnais appellent ça la « meurte », la saison morte – le canut ne touche rien. Mais il doit continuer à payer ses compagnons, l’entretien du métier, son loyer, sa nourriture.
En période d’activité, les journées s’allongent jusqu’à quatorze, seize, parfois dix-huit heures. Les revenus tournent autour de 18 sous pour quinze heures de travail quotidien, ce qui ne permet, écrivent les contemporains, « qu’une vie de misère ». Deux jours de repos par semaine en temps normal, mais souvent zéro lorsqu’une commande presse.
L’atelier, c’est aussi le logement. La famille dort dans une alcôve séparée du métier par un simple rideau. Les enfants grandissent au bruit du « bistanclaque », nom imitatif donné par les canuts au claquement de leur métier à bras. Quand la commande se livre, on mange. Quand elle traîne, on jeûne.
Les maîtrès canuts subissent une pression constante. Ils se concurrencent entre eux pour décrocher les ordres des fabricants, ce qui maintient les prix bas. Et la loi Le Chapelier, votée en 1791 sous la Révolution, leur interdit de se coaliser pour défendre collectivement leurs salaires. Toute association professionnelle est passible de poursuites.
C’est dans ce cadre qu’ils créent en 1828 la première organisation mutuelliste française : le « Devoir mutuel ». Officiellement une caisse de solidarité, en réalité un embryon de syndicat clandestin. Ils éditent aussi leur propre journal, L’Écho de la Fabrique, à partir de 1831. Première presse ouvrière de France.
Novembre 1831 : la première insurrection ouvrière
L’étincelle vient d’une revendication précise. À l’automne 1831, l’activité se ralentit, les fabricants baissent encore les prix. Les canuts demandent au préfet du Rhône, Louis Bouvier-Dumolart, d’intervenir pour faire respecter un tarif minimum. Le préfet, plutôt sensible à leur cause, réunit une commission paritaire qui fixe ce tarif le 26 octobre 1831.
Mais 104 fabricants refusent d’appliquer la grille convenue, invoquant la liberté économique consacrée par la Révolution. Le 18 octobre, 6 000 canuts manifestent dans les rues de la Croix-Rousse. Le 21 novembre au matin, la tension explose. Les tisseurs descendent en cortège vers Lyon, obligeant ceux qui travaillent encore à arrêter leurs métiers. La 1re légion de la Garde nationale, composée surtout de négociants, leur barre le passage rue Vieille-Monnaie. Elle ouvre le feu. Trois ouvriers tombent.
La nouvelle remonte la pente : « Aux armes, on assassine nos frères ! » Les barricades se dressent. Pioches, pelles, bâtons, quelques fusils volés aux corps de garde. Le 22 novembre, combat sanglant au pont Morand. Les canuts s’emparent de la caserne du Bon-Pasteur, pillent les armureries. La Garde nationale, dont beaucoup de membres sont eux-mêmes canuts, passe du côté des insurgés. L’infanterie recule sous les tuiles lancées des toits.
Le bilan de ces trois jours est lourd. Côté militaire, environ 100 morts et 263 blessés. Côté civil, 69 morts et 140 blessés. Le 23 novembre, les insurgés contrôlent toute la ville à l’exception du quartier des Terreaux. Le maire Victor Prunelle et le général Roguet ont fui pendant la nuit. Les canuts occupent l’hôtel de ville en arborant leur drapeau noir : Vivre en travaillant ou mourir en combattant.
Et puis, paradoxe troublant, ils ne savent pas quoi faire de leur victoire. Leurs chefs n’avaient pris les armes que pour faire respecter un accord salarial, pas pour renverser un pouvoir. Quelques jours plus tard, les ouvriers reprennent le travail, persuadés d’avoir gagné le tarif.
L’illusion ne dure pas. À Paris, c’est la stupeur. Casimir Perier, président du Conseil, dépêche le maréchal Soult et le duc d’Orléans (fils aîné de Louis-Philippe) à la tête de 20 000 hommes. Le 3 décembre, l’armée rentre dans Lyon sans combat. Le 6 décembre, le préfet Bouvier-Dumolart est révoqué et la Garde nationale lyonnaise dissoute. Le 7 décembre, le tarif est annulé. Et le gouvernement décide la construction de forts ceinturant la Croix-Rousse, pour pouvoir l’isoler militairement de Lyon en cas de nouvelle révolte.
Avril 1834 : l’écrasement
Trois ans plus tard, la situation a changé. Des émissaires républicains parisiens ont tissé à Lyon un réseau de sociétés secrètes en lien avec le compagnonnage canut. Les revendications économiques se mêlent maintenant à un projet politique plus large : la République.
Le 9 avril 1834, alors que se tient à Lyon le procès de tisseurs accusés de coalition (toujours interdite), des coups de feu éclatent sur la foule rassemblée devant le tribunal. La ville s’embrase à nouveau. Mais cette fois, le pouvoir est prêt. L’armée tient ses positions. Six jours de combats urbains terribles, du 9 au 15 avril, avec utilisation de l’artillerie dans les rues. À Vaise, les insurgés se rendent après une résistance désespérée.
Bilan officiel : 131 morts militaires et 192 blessés. Côté insurgés, 190 morts et environ 10 000 prisonniers. Le procès dit « monstre » qui suit en 1835 voit sept condamnés à la déportation, 43 emprisonnés, 9 acquittés et un mort en cellule. La répression est totale. Le mouvement canut, comme force politique, est brisé.
L’écho de cette défaite traverse l’Europe. Heinrich Heine compose alors un poème resté célèbre, Die schlesischen Weber (Les tisserands silésiens), inspiré directement par les canuts. Karl Marx mentionnera plus tard la révolte de 1834 comme l’un des actes fondateurs de la lutte des classes.
1848, les Voraces et le dernier sursaut
La révolution de février 1848 ranime brièvement l’espoir canut. À Lyon, une organisation ouvrière clandestine appelée les « Voraces » prend le contrôle de plusieurs forts construits après 1834 pour surveiller la Croix-Rousse, dont le fort Saint-Jean. Pendant quelques semaines, les Voraces administrent en pratique le quartier, organisent des patrouilles, font régner leur ordre. La Seconde République finit par les déloger.
Une dernière flambée éclate en juin 1849, lors d’une journée d’émeute écrasée par l’armée. Quelques dizaines de morts. C’est terminé. La fabrique lyonnaise va survivre encore longtemps – elle compte plus de 100 000 personnes vers 1860 – mais elle subit la concurrence du tissage mécanique installé en banlieue (Vienne, Tarare, Saint-Étienne) et amorce un déclin lent qui s’étalera sur un sièclé.
Ce que les canuts ont laissé au mouvement ouvrier
L’héritage des canuts dépasse largement la soie et Lyon. Trois apports majeurs structurent encore notre culture du travail.
Le premier, c’est l’invention de l’organisation collective ouvrière. Avant le Devoir mutuel de 1828, il n’existait en France aucune structure permanente regroupant des salariés pour défendre leurs intérêts. Les canuts ont contourné la loi Le Chapelier et préfiguré ce que deviendront les bourses du travail puis les syndicats à la fin du XIXe.
Le deuxième, c’est l’idée d’un journal écrit par les ouvriers eux-mêmes. L’Écho de la Fabrique (1831-1834) puis L’Écho des Travailleurs sont les premières publications professionnelles auto-gérées du monde ouvrier français. Cette presse rédigée par des canuts, avec leur vocabulaire et leurs analyses, ouvre la voie à toute une presse ouvrière qui prendra son essor sous la IIIe République.
Le troisième, c’est cette devise tissée sur le drapeau noir : Vivre en travaillant ou mourir en combattant. Elle pose pour la première fois en France, hors du cadre des journées de 1789 ou 1830, le droit au travail comme une exigence sociale de premier plan. Ni faveur ni charité. Une dignité.
Les barricades de la Croix-Rousse en 1831 ont aussi inspiré un genre littéraire. La Chanson des Canuts (« C’est nous les canuts, nous allons tout nus »), composée à la fin du XIXe par Aristide Bruant, est encore reprise dans les manifestations ouvrières plus de cent cinquante ans plus tard. Le drapeau noir, repris par les anarchistes, vient en partie de cet héritage. Et les noms de barricades restent inscrits dans la mémoire urbaine lyonnaise : place des Bernardines, montée de la Grande-Côte, montée Saint-Sébastien.
Sur les traces des canuts à Lyon aujourd’hui
Le quartier de la Croix-Rousse garde aujourd’hui encore l’empreinte physique des canuts. Les immeubles aux plafonds de 4 mètrès existent toujours, transformés en lofts ou en ateliers d’artistes. Les traboules continuent de relier les rues. Et plusieurs lieux entretiennent activement la mémoire vivante de la soierie.
La Maison des Canuts, rue d’Ivry dans le 4e arrondissement, est le seul endroit de Lyon où l’on peut voir fonctionner d’authentiques métiers à bras Jacquard du XIXe sièclé. Créée en 1970 par la coopérative de tissage COOPTISS, elle propose des démonstrations commentées par d’anciens tisseurs. Elle abritait au XIXe sièclé le siège du Syndicat des Tisseurs et Similaires.
L’Atelier de soierie dans le 1er arrondissement perpétue le savoir-faire de l’impression au cadre sur soie, technique qui a fait la réputation des soyeux lyonnais. Le Musée des Tissus et des Arts décoratifs, sur la rive gauche du Rhône, conserve l’une des plus belles collections textiles au monde, avec des pièces de soierie lyonnaise allant du XVIIIe sièclé aux créations contemporaines.
Les Pentes de la Croix-Rousse se visitent à pied, idéalement par la montée de la Grande-Côte. On y croise d’anciennes plaques signalant des ateliers, des cours intérieures où subsistent les escaliers à vis qui permettaient de transporter les pièces de tissu, et la fameuse Cour des Voraces au 9 place Colbert, témoignage architectural des cours-passages canutes du XIXe.
D’où vient le mot « canut » ?
L’origine la plus communément admise renvoie à la canette, ce petit tuyau de bois en roseau (« canne ») chargé de fil de soie qui sert à former la trame du tissu. Une autre version, plus folklorique, fait remonter le mot à l’expression « cannes nues » utilisée pendant la Révolution, lorsque les ouvriers en soie ruinés vendaient les ornements de leurs cannes de compagnonnage.
Combien étaient les canuts à Lyon ?
Vers 1831, on comptait environ 8 000 maîtrès-tisserands canuts à Lyon, employant à leur tour environ 30 000 compagnons. Si l’on ajoute les femmes, les apprentis et les ouvriers spécialisés (ourdisseuses, dévideuses, teinturiers, finisseuses), c’est près de la moitié de la population lyonnaise qui vivait alors directement de la fabrique de la soie.
Pourquoi les canuts se sont-ils révoltés ?
La cause directe est économique : ils réclamaient un tarif minimum garantissant leurs salaires, que les fabricants baissaient sans cesse depuis la fin de l’Empire. Mais en arrière-plan, on trouve aussi la dégradation de leur condition d’artisans propriétaires, la dépendance accrue vis-à-vis des négociants, et l’interdiction qui leur était faite par la loi Le Chapelier de se regrouper pour défendre collectivement leurs intérêts.
Qui était Joseph Marie Jacquard ?
Né à Lyon en 1752, fils d’un maître-tisseur de la Croix-Rousse, Joseph Marie Jacquard a perfectionné en 1801 une mécanique qui automatisait le levage des fils de chaîne grâce à des cartons perforés. Cette invention a révolutionné le tissage des étoffes façonnées et fait de Lyon la capitale mondiale de la soie ornementale au XIXe sièclé. Sa machine est aussi considérée comme une lointaine ancêtre de l’informatique : les cartes perforées qu’il a inventées seront reprises par Charles Babbage puis par les premiers ordinateurs IBM.
Que sont les traboules de la Croix-Rousse ?
Les traboules sont des passages couverts qui traversent les immeubles d’une rue à une autre. Sur les pentes de la Croix-Rousse, elles servaient à transporter les pièces de soie à l’abri des intempéries, depuis les ateliers situés en hauteur jusqu’aux entrepôts du bas de la ville. Pendant les insurrections de 1831 et 1834, les canuts les utilisaient également pour se déplacer sans être vus des troupes.
Que reste-t-il aujourd’hui de l’industrie de la soie à Lyon ?
L’industrie textile lyonnaise ne pèse plus rien à l’échelle mondiale, dominée par l’Asie depuis les années 1970. Quelques maisons survivent en haut de gamme, fournissant les grandes maisons de couture parisiennes et la restauration des soieries des monuments historiques. La Maison des Canuts, le Musée des Tissus, l’Atelier de soierie et les Soieries de Lyon perpétuent le savoir-faire. Le label Soierie Lyonnaise distingue les ateliers qui produisent encore localement.
L’histoire des canuts pèse plus lourd qu’elle n’en a l’air. Sous le récit pittoresque des tisseurs en blouse et des barricades pavoisées de noir, il y à une question qui n’a pas vieilli : que vaut le travail d’un homme face à la liberté absolue du marché ? Les canuts y ont répondu par une grève armée et un drapeau cousu de leurs mains. Leur défaite militaire de 1834 fut une victoire morale qui mit cinquante ans à porter ses fruits, jusqu’à la légalisation des syndicats en 1884. Aujourd’hui, on tisse encore quelques mètrès de soie à la main rue d’Ivry, dans une Maison des Canuts qui n’a pas oublié de quel prix s’est payée la dignité ouvrière en France.






